“Salomé”

Tragédie nocturne et lunaire, Salomé est toute entière tissée de nuit barbare et de désir sauvage, vouée à l’impossible d’un amour sans nom, au paroxysme sensuel d’une danse avec la mort. Et cette violence cruelle la pousse jusqu’à l’innommable avec une effrayante pureté. Tout a lieu en une nuit, dans le rêve d’une nuit. Au matin, la lune effacée, il ne restera plus rien sur la terrasse. Il faut pourtant soulever les voiles et regarder, écouter, fût-ce à se perdre dans ce tremblement de désir et d’effroi. Car cette œuvre unique et fascinante, cette lente incantation toute entière imprégnée d’érotisme morbide, conduit le spectateur au-delà de l’opéra, dans un tête-à-tête avec son propre inconscient, ses désirs secrets, ses fantasmes – comme celui d’Hérode qui veut tellement que sa belle-fille Salomé danse pour lui cette danse des sept voiles qui est un long strip-tease. Au bout : la catastrophe. « Le mystère de l’amour est plus grand que le mystère de la mort » chante Salomé : c’est ce vertige fait de candeur et de perversité qui porte cet opéra au-delà des limites. En particulier dans la mise en scène d’Ivo van Hove, paroxystique et vénéneuse, avec deux interprètes, Malin Byström et Evgeny Nikitin, qui nous attirent au fond du gouffre.

Séance jeudi à 19H30 (35€ le billet).

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