Italie-France : la visite de Mattarella à Paris, au plus près du traité du Quirinal

La visite d’Etat du Président de la République à Paris ce lundi 5 juillet Sergio Mattarella met définitivement fin, après plus de deux ans, aux moments de tension et de gel diplomatique entre les deux pays. L’acte final du retrait de l’ambassadeur de France à Rome est atteint Christian Masset après les prises de position des grillini en faveur des « gilets jaunes » plus violents et les accusations de Matteo Salvini au président Emmanuel Macron sur le dossier des migrants. Mais déjà fin février 2020, le sommet de Naples entre Giuseppe Conté et Macron est devenu un succès avec l’invitation officielle des Français à une visite d’État à Paris de Mattarella, un acte solennel qui a mis une pierre tombale sur tous les malentendus des mois précédents.

Travail sur le texte de coopération

Entre-temps, le différend bilatéral entre les deux pays a pratiquement disparu et nous avons effectivement repris le travail sur le texte de ce « Traité du Quirinal » lancé au sommet de Lyon de 2017 et sur lequel le gouvernement avait travaillé Gentiloni mais ensuite mis au grenier par le chef 1. Désormais, les délégations des deux pays travaillent d’arrache-pied pour finaliser un texte commun qui pourrait être signé à l’automne à l’occasion du sommet bilatéral qui se tiendra en France. Le gouvernement italien a déjà envoyé ses observations et la semaine dernière les contre-observations françaises sont arrivées. Le traité couvrira tout le spectre de la coopération entre les deux pays. Nous ne discutons plus que de détails mais il est clair que le texte final – tout en représentant une nouveauté importante dans les relations entre Rome et Paris – ne peut certainement pas être placé au niveau de cette collaboration intégrée que la France Charles de Gaulle en 63, il fit avec l’Allemagne de Konrad Adenauer signature du traité de l’Elysée.

Guide de la copropriété italo-française dans l’UE

Cependant, c’est un instrument qui prévoit des consultations périodiques non seulement au niveau politique mais aussi au niveau technique entre les deux bureaucraties dans les secteurs les plus variés, de l’éducation à la recherche, de la culture à l’économie. Un accord favorisé par le climat de grande collaboration que l’ancien Premier ministre Conte avait déjà réussi à instaurer il y a un an avec Macron pour les négociations en Europe de la Next Generation EU et désormais renforcé par l’amitié très étroite du président français avec Mario Draghi et cela nous permet d’imaginer une copropriété franco-italienne à la tête de l’Union européenne dans cette phase qui voit le troisième protagoniste du wagon de tête, c’est-à-dire l’Allemagne, toujours à la recherche d’un héritier à la chancelière Angela Merkel maintenant sur le point de quitter son poste.

Le programme de Mattarella

Le programme de Mattarella est très vaste, qui verra entre lundi et mardi tous les plus hauts postes institutionnels ainsi que Macron, le premier ministre et les présidents de l’Assemblée nationale et du Sénat. Lundi matin l’entretien à l’Elysée avec Macron suivi du point presse. Après le petit déjeuner offert par le président de l’Assemblée nationale Richard Ferrand Mattarella interviendra à la Sorbonne (une intervention dédiée aux relations bilatérales mais surtout aux enjeux de la pandémie et de la construction européenne). Le soir, les officiels trinquent à l’Elysée. Le lendemain, Mattarella visitera le siège deUnesco où depuis 2018 le directeur adjoint délégué au secteur « éducation » est l’italien Stefania Giannini, ancien ministre de l’Université et de la Recherche dans le gouvernement Renzi. Le petit-déjeuner du mardi avant le retour à Rome sera offert par le Premier ministre Jean Castex.

Gozi : le trio Italie-France-Allemagne a été décisif

Le travail accompli ces derniers mois par l’eurodéputé Renew Europe favorise également le nouveau climat de collaboration entre les deux pays Sandro Gozi, élu en France, qui a travaillé avec le gouvernement Gentiloni à la première ébauche du traité. Gozi tient à rappeler que même dans les moments les plus critiques « le fil du dialogue et le désir de travailler ensemble entre Mattarella et Macron n’ont jamais failli ». Il y a ceux qui critiquent un lien aussi étroit avec la France mais, dit Gozi, « c’est une position à courte vue car elle ne prend pas en compte l’intégration économique très étroite entre la France et l’Italie. Non seulement de la France en Italie, mais aussi de l’Italie en France, entre les exportations, la présence des entreprises et des emplois respectifs que les Italiens donnent en France et les Français donnent en Italie ». Par ailleurs, rappelle Gozi, disposer d’un mécanisme de coopération structuré « peut aider à surmonter ou à atténuer » les différences et « n’empêche pas l’Italie d’avoir une relation nouvelle et encore plus forte avec l’Allemagne ».

Nihel Béranger

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