« La conquête de Fontarrabie, comme Amaiur, est la revanche franco-varra de la bataille de Noain »

Peio Monteano Sorbet présente son nouveau livre, ‘La conquête de Hondarribia’, dans lequel il offre une vision inédite de cet événement historique important

Donostia – L’historien analyse d’un point de vue strictement historique cet épisode clé, bien qu’enduit de mythes et de légendes, de la conquête castillane de Navarre, dans le livre La conquête de Fontarrabie,cette Il peut être acheté pour 9,95 euros avec l’émission de NOTICIAS DE GIPUZKOA.

Quels faits historiques recueillez-vous dans ce nouveau livre ?

–Le livre raconte les événements qui se sont déroulés dans les Pyrénées occidentales, entre l’automne 1521 et le printemps 1524. Il commence par la conquête franco-navarraise de Fontarrabie et se termine par la reddition des troupes françaises et navarraises qui occupaient la place. Mais il traite aussi de l’invasion de Bearne, des attaques sur Bayonne et des différentes tentatives françaises de ravitailler la place assiégée et des Espagnols pour la récupérer, puisqu’elle était considérée comme la « porte de Castille ». Tout cela loin de l’histoire traditionnelle brouillée et faisant appel à la documentation inédite de l’époque. Bien sûr, l’histoire a le point de vue navarrais, bien qu’elle n’oublie pas que deux conflits se sont superposés dans cette guerre : la lutte pour l’indépendance de la Navarre et la lutte pour l’hégémonie en Europe.

C’est précisément pour cette raison qu’a été importante, d’un point de vue politique et militaire, la prise de Fontarrabie dans le contexte de la conquête castillane de la Navarre et des guerres entre l’Espagne et la France ?

– Jusqu’à un certain point, la conquête de Fontarrabie –et, aussi, la récupération d’Amaiur– est la revanche franco-navarraise de la défaite de Noain. En fait, ils se produisent seulement trois mois plus tard. Dans le contexte de la guerre de Navarre, l’armée espagnole a perdu sa principale base d’opérations. Dans la confrontation continentale, la France a saisi la porte que l’Espagne a ouverte et a fermé son propre territoire. En outre, il a confirmé la récupération militaire de Francisco Ier, qui n’avait récemment subi que des défaites. Pour l’Angleterre – qui était également impliquée – elle a mis en danger le port où elle envisageait de débarquer son armée pour récupérer, avec les Espagnols, la Guyena, sa possession trois générations plus tôt. La nouvelle est donc tombée comme une bombe dans les chancelleries européennes et pendant un moment le principal conflit militaire et diplomatique européen s’est déplacé vers les Pyrénées basques. Le roi d’Espagne et l’empereur allemand, le roi de France, le roi de Navarre, le roi d’Angleterre et même le pape lui faisaient face pour cela…

Cependant, le livre semble aller au-delà de 1521 et atteint 1524.

-Oui en effet. La conquête de Fontarrabie a été suivie de l’occupation française de la place pendant près de deux ans et demi. La population hondurienne – hommes, femmes, enfants et personnes âgées – a été expulsée et a dû se réfugier dans les villes voisines. Ils perdraient tout et ne reviendraient pas avant des années. La place devint une caserne française et la Basse Bidassoa un champ de bataille permanent. De plus, en relation avec cela, la reconquête espagnole d’Amaiur et l’invasion de la Basse Navarre et du Béarn ont eu lieu. Et on ne savait presque rien de cette période…

Pourquoi pensez-vous que les Navarrais ont attaqué Gipuzkoa ?

– L’offensive lancée en septembre 1521 avait pour objectif de récupérer Pampelune d’abord et le reste de la Navarre plus tard. Mais l’amiral de France, général de l’armée franco-navarraise qui aurait dû aider Lesparré, bien que Roncevaux passé, n’osa pas continuer. L’hiver était proche, les Espagnols s’étaient retranchés à Pampelune et ils ne voulaient pas répéter l’échec de l’automne 1512. Alors il convainquit les Navarrais d’aller contre Gipuzkoa et, de là, reprendre l’offensive au printemps. Ainsi, les loyalistes navarrais, dirigés par leur propre roi Henri II, prirent une part très active aux combats. Mais au printemps, les rôles se sont inversés, la France s’est effondrée militairement et l’initiative est passée aux mains des Espagnols. C’est-à-dire, pour répondre à la question, en octobre 1521, les Français convainquirent les Navarrais que le chemin du retour vers Pampelune passait par Fontarrabie. La situation a un peu répété ce qui s’était passé quelques mois auparavant à Logroño…

A votre avis, que rapporte ce livre ?

-Comme je l’ai dit, tout ce qui est connu jusqu’à présent est imprégné d’épopée et de romantisme basé sur des histoires traditionnelles. Surtout celui de Garibay, qui s’inspire de ce dont les habitants se souvenaient un demi-siècle plus tard. L’histoire s’est construite sur cette chronique : un fond de vérité, très partiel et déformé par le passage du temps. Même s’il est vrai qu’il existe des livres récents qui placent certains faits dans le domaine de l’Histoire.

Assurez-vous d’avoir trouvé de nouvelles sources. Lequel?

-Effectivement. La plus grande contribution a été les sources de perdants, en particulier les sources françaises et, dans une moindre mesure, les navarrais. Nous avons également utilisé la documentation municipale de Gipuzkoan qui montre la militarisation de la province. Nous avons trouvé les lettres qu’écrivent, « en temps réel », dirions-nous maintenant, les protagonistes des événements eux-mêmes : l’amiral Bonnivet, Henri II de Navarre, François Ier de France, l’empereur Charles V, le connétable de Castille, Pedro lui-même fils de Navarre et, bien sûr, des diplomates et des espions. Nous avons même la relation individuelle des presque 400 soldats navarrais qui, en juin 1523, composaient la compagnie de Pedro de Navarra. D’autres documents montrent même le bras de fer dans les négociations hispano-navarraises-françaises qui ont abouti à la capitulation de Fontarrabie en 1524 et à la promulgation de l’amnistie aux légitimistes navarrais qui ont accepté l’empereur.

La victoire espagnole à San Marcial a-t-elle facilité la reprise de Fontarrabie en 1524 ?

–Le livre essaie de placer la bataille de San Marcial dans ses termes propres. Il est vrai qu’il brisa le mythe de l’invincibilité des Allemands et facilita la reddition ultérieure de Fontarrabie, en isolant la place, mais il faut dire qu’il résista encore près de deux ans. La nouveauté de l’histoire est que tout semble indiquer qu’à la bataille du mont Aldabe il n’y avait pas de troupes navarraises mais des francarchistes laputiens et des mercenaires allemands, et qu’il était vraiment remarquable que de simples miliciens gipuzkoens – en pratique, des paysans armés – aient vaincu des soldats d’élite professionnels comme l’étaient alors les lansquenetes germaniques.

On dit que pendant le siège le drapeau navarrais flottait dans le fort, mais que les Français voulaient implanter le leur. Cela pourrait-il être considéré comme le symptôme d’un conflit d’intérêts latent entre Gaulois et Navarrais ?

-Pour autant que je sache, ce fait n’est pas soutenu historiquement. Les Navarrais n’ont jamais considéré Fontarrabie comme une place navarraise à reconquérir et, en fait, ils l’ont abandonnée deux semaines après y être entré. Ils ont collaboré avec les Français en tant qu’alliés, oui. Henri II lui-même, qui écrivit au roi de France depuis le camp de Fontarrabie le jour même de la capitulation espagnole, ne revendiquait pas le moins du monde le « Noël » de la ville. Et donc, c’est entre les mains de Bonnivet et de sa garnison française. Aussi, je ne pense pas que les Navarrais auraient permis l’expulsion de la population locale. De plus, il semble que les hondarribitarras aient pu commencer à revenir précisément lorsque les troupes navarraises sont revenues deux ans plus tard, à l’été 1523.

L’occupation de cette commune guipuzcoenne peut-elle être interprétée comme une tentative de la Navarre de « reconquérir » le territoire correspondant à l’actuelle Communauté autonome basque, perdue à la Castille trois siècles plus tôt ?

– D’après ce qui a été dit, je ne pense pas que cette interprétation soit possible. Et non parce qu’on ignorait que ces territoires faisaient autrefois partie du royaume de Navarre. Les élites basco-castillanes et navarraises le savaient bien. En effet, déjà en 1516, les Cours navarraises –contrôlées par les Beamonteses, il faut le dire– avaient demandé à Carlos Ier de réintégrer les territoires d’Álava, Gipuzkoa et Duranguesado en Navarre. Et cinq ans plus tard, il a également été proposé au déjà empereur Carlos V de créer une chancellerie basque basée à Pampelune. Mais pour Enrique II, c’était déjà une tâche titanesque de récupérer le royaume de ses parents. La vérité, c’est que je ne pense pas avoir été là pour des revendications plus territoriales…

Les défenseurs ont été graciés en échange de leur reddition, qui a finalement eu lieu. S’agissait-il d’une simple stratégie pour hâter la fin du siège ou y avait-il vraiment une volonté de se réconcilier avec l’ennemi ?

–En ce sens, le livre brise l’image d’un Charles Quint accordant une grâce généreuse à certains loyalistes navarrais désespérés. L’empereur ne peut prendre la place et doit céder. Les Navarrais qui la défendent avec la garnison française jouent bien cette carte et arrachent un généreux pardon. Le fait que les négociateurs espagnols, l’agent Velasco et le capitaine général de Gipuzkoa aient été respectivement alliés et parents de Pedro de Navarra, a sans aucun doute ouvert la voie. Mais le livre prouve que les Navarrais n’ont pas abandonné leurs alliés français et que la négociation était conjointe. C’était une reddition « capitulée », c’est-à-dire assortie de conditions. Avec elle, l’agent Velasco – un homme fort de Castille – fit d’une pierre deux coups : il récupéra Hondarribia pour son roi et obtint le pardon de ses alliés traditionnels d’Agramonte. Et, selon Pedro de Navarra Jr., tout a été fait avec la connaissance du roi de France. En tout cas, les faits montraient clairement que l’empereur pardonnait, mais n’oubliait pas.

La paix de Fontarrabie fut-elle la fin de la guerre de Navarre ?

« Non, mais c’était un tournant. » Ce que l’on pourrait appeler le « noyau militaire » de la légitimité d’Altonavarro a été définitivement désactivé. Entre-temps, pour une raison ou une autre, la « vieille garde » avait disparu : Martín de Xabier, le seigneur de Lizarraga, le seigneur de San Martín de Améscoa, le capitaine Vélaz de Medrano, le premier-né des seigneurs de Ripa et Eraso morts au combat, et comme cerise sur le gâteau, le maréchal Pedro de Navarra, décédé dans sa prison. Le « noyau politique » s’exile en Aragon, en Béarn ou en France. Et comme si cela ne suffisait pas, un an plus tard, le roi de Navarre lui-même serait fait prisonnier à Pavie. La guerre se poursuivra donc en Basse Navarre jusqu’à ce qu’Enrique II et la noblesse locale parviennent à expulser définitivement les Espagnols en octobre 1527. Cela consomme la fracture du royaume et sa future division entre l’Espagne et la France.

Il ne semble pas que la conquête de Fontarrabie ait eu pour la postérité la même importance symbolique en Navarre que, par exemple, les batailles de Noain et d’Amaiur. Qu’est-ce que cela pourrait être?

– Je pense que c’est une conséquence de tout ce qui a été dit. Les faits, jusqu’à présent je l’espère, ont été totalement inconnus et décontextualisés. En fait, s’ils ne sont pas expliqués, ils sont un gâchis. Espagnol, Navarrais, Français, Allemands et Anglais, impliqués. La chronologie, non fixée. Les faits, magnifiés. Le drame humain, caché. Et surtout un rapport direct avec la guerre de Navarre qui ne peut être comparé à Noain et Amaiur, bien que, comme je l’ai dit, la conquête et l’occupation de Fontarrabie leur soient étroitement liées. Et maintenant que 500 ans se sont écoulés depuis ces événements, je pense que c’est le bon moment pour commencer à les placer dans le strict champ de l’histoire.


Nihel Béranger

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