La France souhaite que l’Union européenne utilise davantage le français

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Au premier semestre 2022, la France assumera la présidence tournante du Conseil de l’Union européenne, instance communautaire dans laquelle siègent les représentants des gouvernements des 27 États membres. Bien qu’il n’ait pas encore dévoilé ses priorités politiques pour son mandat, l’a déjà fait savoir de manière informelle qu’il utilisera les six mois pour encourager l’usage de la langue française au sein des institutions européennes : plusieurs fonctionnaires français l’ont expliqué à Politique.

Pendant de nombreuses décennies, jusque vers les années 1980, le français a été la lingua franca de la diplomatie, en particulier de l’Europe. L’implication plus directe des États-Unis dans les affaires mondiales a imposé par la suite l’usage de la langue anglaise, même dans les cadres institutionnels européens. Depuis quelque temps pourtant, notamment après le Brexit, la France insiste pour que les langues nationales soient plus fréquemment utilisées en Europe, déjà traduites par un grand nombre d’interprètes et de traducteurs. Les responsables français en font une question de richesse du débat – l’anglais scolaire parlé par la plupart des responsables et politiques ne permet pas des conversations d’une grande profondeur – et d’identité : « C’est une question de fierté multilingue », a déclaré un responsable français Politique.

L’espoir pas trop voilé de la France est qu’une fois l’anglais écarté, le français se rétablira spontanément comme lingua franca. En attendant, ce sera certainement pendant les six mois de la présidence française. Politique il écrit que toutes les réunions du Conseil et les réunions préparatoires, donc très probablement aussi les conférences de presse, se tiendront en français.

C’est un choix plutôt réactionnaire, en ligne avec le récent virage à droite du gouvernement d’Emmanuel Macron: les derniers pays qui ont exercé la présidence tournante du Conseil ont utilisé l’anglais comme langue principale. La décision est cependant permise par le règlement des institutions. Actuellement, le français est en fait l’un des langues de travail à la fois de la Commission, avec l’anglais et l’allemand, et du Conseil, avec l’anglais. Selon une estimation de la Commission européenne citée par Politiqueprès de quatre-vingt pour cent de leurs employés parlent le français comme première, deuxième ou troisième langue.

Connaître les bases est essentiel pour travailler dans un contexte européen, et pas seulement pour les règles internes. Les deux sièges principaux des institutions européennes, Bruxelles et Strasbourg, sont des villes francophones : cela signifie que pour commander une pizza, appeler un taxi ou négocier leur contrat de location, les parlementaires, fonctionnaires, assistants et journalistes utilisent majoritairement le français, tandis que l’anglais reste la langue « de travail ».

Pas pour tout le monde, bien sûr. Les Français, cependant, ont tendance à utiliser le français, profitant de la traduction simultanée et du fait qu’après tout, tout le monde le comprend un peu. Lors des réunions du Coreper, l’assemblée des représentants permanents des gouvernements nationaux qui prépare les réunions du Conseil, les représentants français s’expriment toujours en français, tout comme le membre français de la Commission, Thierry Breton, presque toujours en français. Seul Michel Barnier, l’ancien négociateur en chef de l’UE pour le Brexit, avait l’habitude d’alterner entre l’anglais et le français lors de ses conférences de presse.

– Lire aussi : Dans les institutions européennes on se comprend moins

Les Français ne sont pas les seuls à dépenser pour une plus grande utilisation du français. En mai, les 19 membres d’un groupe informel du Conseil se sont réunis pour la première fois, dont des représentants permanents parlant français. En septembre sera publié un rapport sur lequel travaillent une quinzaine de personnes, dont l’eurodéputé italien Sandro Gozi, italien mais élu en France, pour promouvoir l’usage de la langue française au sein des institutions européennes.

Les plus mal à l’aise avec la décision de la France seront probablement les hommes politiques et diplomates des pays de l’Est, entrés dans l’Union européenne lorsque le français a été remplacé par l’anglais. « Certains ont peur de manquer des pièces, car leur français n’est pas si bon », a expliqué un diplomate d’Europe de l’Est à Politique.

Nihel Béranger

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