Macron perd sa majorité gouvernementale – La France est menacée d’un blocus politique

Paris Deux mois après sa réélection en demi-teinte à la présidence de la France, Emmanuel Macron a essuyé une lourde défaite : son alliance du centre a clairement perdu dimanche la majorité à l’Assemblée nationale. La France se dirige vers un blocus politique, et le pays pourrait devenir un facteur d’incertitude au sein de l’UE.

Lors du second tour décisif des élections législatives, le camp Macron était le parti le plus fort avec 244 sièges selon les résultats officiels préliminaires, mais manquait la majorité absolue sur les 577 membres de l’Assemblée nationale. La force d’opposition la plus forte était la Nouvelle Union populaire sociale et écologique (Nupes), dirigée par le nationaliste de gauche Jean-Luc Mélenchon, avec 127 sièges, à laquelle se sont également joints les socialistes et les Verts.

Le Rassemblement national de droite de Marine Le Pen a obtenu de meilleurs résultats que jamais lors d’une élection parlementaire et comptera 89 députés à l’avenir, soit environ onze fois plus qu’auparavant. Les républicains conservateurs-bourgeois sont tombés à 74 sièges. Seuls 46% des électeurs français ont voté dimanche.

Macron n’a initialement pas commenté la défaite de son alliance électorale Ensemble (Gemeinsam), qui comprend plusieurs partis du centre politique. Sa Première ministre Élisabeth Borne a déclaré : « Cette situation présente un risque pour notre pays ». Cependant, le résultat doit être respecté. « Nous devons en tirer les conclusions et faire face à cette responsabilité particulière. »

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Les médias français ont vu le résultat de l’élection comme un revers majeur pour Macron. « La gifle » titrait le journal « Libération » et énonçait la « chute de la Macronie ». Le titre de l’édition du lundi du journal « Les Échos » disait : « Le tremblement de terre ».

Revers majeur pour Macron

Macron cherche des partenaires

Sans sa propre majorité au parlement, le gouvernement de Macron doit rechercher le soutien d’autres camps politiques. Le président entame son second mandat avec des pouvoirs limités.

Les coalitions, qui font partie de la norme politique en Allemagne, ne sont en réalité pas prévues dans le système politique français. Les élections législatives donnent généralement des résultats clairs – soit la majorité du président est confirmée, soit le contrôle de l’Assemblée nationale revient à une force d’opposition.

Emmanuel Macron

Jusqu’à la toute fin, il était difficile de savoir si l’alliance « Ensemble » obtiendrait la majorité absolue.


(Photo: dpa)

Une majorité parlementaire relative, en revanche, est extrêmement rare. Cette situation s’est produite pour la dernière fois sous la présidence de François Mitterrand entre 1988 et 1991. Il était initialement difficile de savoir si Macron s’appuierait sur des majorités changeantes pour mettre en œuvre sa politique ou s’il chercherait un partenaire permanent.

Les Républicains seraient une option pour cette dernière option. Mais dimanche soir, il était initialement difficile de savoir si même cette constellation obtiendrait la majorité absolue. Par ailleurs, le chef du parti Christian Jacob a déclaré d’emblée que les Républicains voient leur rôle « dans l’opposition ».

« C’est un choc démocratique sans précédent dans la Vème République, qui reflète les très fortes insécurités des Français », a déclaré le ministre des Finances et de l’Economie Bruno Le Maire. Néanmoins, Macron continue de bénéficier de la position de force du président français, notamment en matière de politique étrangère et de sécurité.

De plus, l’article 49.3 de la Constitution lui permet, sous certaines conditions, de promulguer des lois sans l’approbation du Parlement. Après une réforme constitutionnelle en 2008, cependant, le président ne peut utiliser ce mouvement que pour les lois de finances – et une fois par an pour un projet politique différent.

Borne a assuré dimanche soir qu’il travaillerait immédiatement pour former une majorité au parlement. « Il n’y a pas d’alternative à diriger le pays et à entreprendre les réformes nécessaires. » Mais la France est menacée d’une phase d’instabilité politique. Par exemple, il est loin d’être certain que Macron recevra désormais le soutien parlementaire pour la réforme des retraites promise.

La dette publique française comme un risque

La dette publique élevée en France pourrait également devenir un facteur de risque. Le redressement des taux d’intérêt par la Banque centrale européenne a fait craindre une nouvelle crise de l’euro, et les coûts de financement des pays lourdement endettés augmentent. On peut cependant se demander si Macron sera en mesure de faire passer une politique budgétaire plus stricte – surtout s’il doit se rapprocher du camp de gauche dans sa recherche de majorités.

Les revendications de la coalition de Mélenchon incluent l’augmentation du salaire minimum de 1 100 à 1 500 euros, l’introduction d’une retraite minimum de 1 500 euros, l’abaissement de l’âge de la retraite de 62 à 60 ans et le plafonnement par l’État des loyers et des prix des biens de consommation courante. Le think tank parisien Institut Montaigne a calculé les coûts et avance une somme de plus de 300 milliards d’euros par an.

Dans le même temps, la nouvelle alliance de gauche avait annoncé sa volonté de « désobéissance européenne » si les traités et règles de l’UE « contredisaient la mise en œuvre de notre programme légitimé par le peuple ». Cela s’applique surtout aux critères de Maastricht sur le déficit et la dette. Par le passé, Mélenchon avait dénoncé à plusieurs reprises un « diktat allemand » dans la politique financière et économique européenne.

>>En savoir plus à ce sujet : Alliance avec le porte-parole de l’UE Mélenchon : le SPD et les Verts ont un problème avec leurs partis frères
Dimanche soir, Mélenchon a évoqué une « défaite dévastatrice et totale » pour Macron. Cependant, la liesse cache le fait que lui aussi a raté son objectif de majorité absolue pour l’alliance de gauche. L’annonce vantarde de Mélenchon selon laquelle il forcerait le président à former un nouveau gouvernement avec lui comme Premier ministre risque de tomber à l’eau.

La frange droite enregistre des gains encore plus importants que le camp gauche. « Le peuple a décidé d’envoyer une faction très forte de députés du Rassemblement national au Parlement », a déclaré Le Pen. « C’est de loin la faction la plus puissante de l’histoire de notre famille politique. »

Macron risque de remanier son gouvernement dans les prochains jours : la ministre de l’Environnement Amélie de Montchalin et la ministre de la Santé Brigitte Bourguignon, qui avaient postulé à un siège à l’Assemblée nationale, n’ont pas pu gagner leurs circonscriptions dimanche. Le palais de l’Élysée avait stipulé que les membres du gouvernement devraient également quitter leurs postes ministériels s’ils échouaient aux élections législatives. Un certain nombre de ministres et le Premier ministre Borne, en revanche, ont pu obtenir un siège à l’Assemblée nationale.

Suite: « Nous finirons l’enfer » – l’anticapitaliste Mélenchon fait pression sur Macron

Nihel Béranger

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