Nouveau modèle économique pour le journalisme professionnel

Dans plusieurs pays du monde, l’accès à une information journalistique de qualité est un bien public. En Angleterre, par exemple, il y a près d’un siècle est née la British Broadcasting Corporation (BBC) et avec elle la licence payante, un montant que le contribuable britannique dépense chaque année pour financer l’une des meilleures entreprises médiatiques de la planète.

Fenaj

Au Brésil, il n’y a pas de licence payante, mais il existe une proposition de la Fédération nationale des journalistes (Fenaj) qui prévoit la création d’une Contribution pour l’intervention dans le domaine économique (CIDE). Cela serait payé par les entreprises technologiques, telles que Google et Facebook, en fonction de leurs revenus. Plus ils gagnent au Brésil, plus ils peuvent payer.

L’idée est que cette innovation dans le modèle économique du journalisme professionnel créera un fonds pour la production d’informations, en particulier d’informations d’intérêt public ; renforcer la pluralité de la production journalistique et promouvoir la démocratisation de la communication au niveau régional, afin de lutter contre les « déserts d’information ». La proposition de Fenaj s’appuie sur des expériences internationales réussies, comme en Australie et en France, ainsi que sur des entités représentatives du secteur, comme la Fédération Internationale du Journalisme (FIJ).

« News deserts » est une expression qui illustre bien l’ampleur du problème rencontré par les entreprises médiatiques dans le monde, en particulier celles d’envergure régionale, et pourquoi les plateformes numériques doivent être taxées.

Les réseaux sociaux et les moteurs de recherche comme Facebook et Google ont un modèle commercial basé sur la publicité. On estime qu’actuellement partout dans le monde, les nouveaux médias, comme on appelle ces entreprises technologiques, captent environ 70 % de tous les investissements publicitaires. Or, ces firmes, toutes étrangères, n’ont aucun coût de production de l’information, bien qu’elles en profitent pour augmenter leur audience et, consécutivement, générer plus de profits.

Les entreprises médiatiques, en plus de supporter les dépenses de production de l’information, voient encore leurs revenus diminuer, surtout dans les régions aux économies plus fragiles, dans les petites villes où le nombre d’annonceurs est réduit. Sans financement pour la production journalistique, ils deviennent des « déserts d’information ».

Tout le monde s’accorde à dire que l’information de service public est importante et nécessaire dans des sociétés respectueuses des valeurs humaines et de l’environnement, mais personne ne veut mettre la main sur les poches. Dans la même Angleterre, où une redevance annuelle est versée pour financer la BBC, on discute déjà de l’opportunité de créer une redevance sur le modèle du projet Fenaj. Après tout, le citoyen est déjà confronté à l’une des charges fiscales les plus élevées au monde au Brésil et l’État est à peine en mesure de répondre aux besoins fondamentaux de la population avec ce qu’il collecte. Alors, laissons ceux qui profitent du journalisme payer la facture.

La proposition innovante dans le modèle économique du journalisme brésilien doit encore être débattue, mais elle mérite d’être mentionnée car elle va au cœur de l’un des principaux problèmes des sociétés démocratiques du 21e siècle.

*Lucas V. de Araujo : PhD et boursier postdoctoral en Communication et Innovation (USP). Professeur à l’Université d’État de Londrina (UEL), examinateur international et mentor Founder Institute. Auteur de « Innovation in Communication in Brazil », pionnier dans le domaine.

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Nihel Béranger

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