Le régime dictatorial émergent au Salvador est un allié acceptable pour Bolsonaro – 10/03/2021 – Mathias Alencastro

Une nouvelle de cette semaine aurait laissé tout visiteur du siècle dernier stupéfait. L’énergie géothermique d’un volcan est utilisée pour alimenter des serveurs qui produisent de la monnaie numérique au Salvador.

Cette combinaison futuriste de technologie et de durabilité, encore à un stade expérimental, est déjà dans la bouche du monde grâce à la puissante machine de propagande du régime Nayib Bukele.

En devenant le premier dirigeant mondial à adopter une monnaie numérique, le bitcoin, comme monnaie, le jeune président est devenu la nouvelle idole de l’univers utopique-libertaire des investisseurs en crypto-monnaies.

Le problème est que ce spectacle coûte à la fragile démocratie salvadorienne. Elu en 2019 dans le sillage populiste de Donald Trump et Jair Bolsonaro, Bukele a rapidement retiré le masque d’un technocrate réformiste.

En mai de cette année, peu de temps après avoir remporté la majorité absolue au Congrès avec son parti des nouvelles idées, il a réalisé le fantasme de Bolsonaro et a ordonné le remplacement de tous les juges de la Cour suprême.

Début septembre, le nouveau tribunal a approuvé, contre le texte de la Constitution, le droit de Bukele de briguer un second mandat en 2024. Les manifestations ne semblent pas intimider le président, qui s’est récemment surnommé sur les réseaux sociaux le « dictateur le plus cool ».

La timidité de la communauté internationale a contribué de manière décisive à la consolidation de son projet autoritaire. Le gouvernement de Joe Biden, par exemple, a mis de longs mois à exprimer son inquiétude face au déclin de la démocratie au Salvador.

Les derniers développements ont contraint Washington à relever la barre et à introduire des sanctions individualisées contre les nouveaux juges de la Cour suprême, à inclure le chef de cabinet du président sur une liste de politiciens impliqués dans le trafic de drogue et à orienter l’aide internationale vers la société civile plutôt que vers le gouvernement.

Au Brésil, le chancelier Carlos França, qui a récemment rompu sa promesse de civiliser le corps diplomatique en adhérant à l’hystérie gestuelle du pocketnarism lors d’un voyage officiel, a décidé de continuer à miser sur le collaborationnisme.

Sous son commandement, Itamaraty évite de prendre position sur l’indéniable rupture constitutionnelle au Salvador, sans doute de peur de déplaire au chancelier parallèle Eduardo Bolsonaro, admirateur public de Bukele.

La France n’hésite cependant pas à élever le régime salvadorien au rang de partenaire stratégique dans la gestion de la crise des migrants haïtiens. L’idée d’expulser des adultes et des enfants vers un pays où la politique d’inclusion des réfugiés se résume pratiquement à un recrutement forcé par des gangs locaux est « à couper le souffle », selon le correspondant du feuille pour l’Amérique latine, Sylvia Colombo.

Le cynisme est évident, mais il doit être rendu explicite. Dans la doctrine Bolsonaro, un seul côté du spectre idéologique peut être dénoncé pour l’extase autoritaire. Le régime dictatorial naissant du Salvador, qui prône le milice numérique, est un allié parfaitement acceptable pour le gouvernement brésilien.

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Nihel Béranger

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